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Les élevages industriels polluent aussi l'atmosphère

Si les impacts sur l’eau et les sols des élevages industriels concentrés en Bretagne sont désormais bien connus, les effets de leurs rejets gazeux sur la qualité de l’air le sont beaucoup moins. Or, la dégradation de la qualité de l'atmosphère est source indirecte de pollution des eaux, notamment à travers les eaux pluviales qui se chargent de particules fines et résidus gazeux avant de rejoindre les sols... et les cours d'eau.

Le 17 décembre 2009, alors que la conférence internationale sur la prévention des changements climatiques se concluait difficilement à Copenhague, le tribunal administratif de Rennes saisi par Eau & RIvières de Bretagne a été amené à s'intéresser à cette question nouvelle, peu posée en matière d'élevage industriel.

Pourtant, selon le Plan Breton pour la Qualité de l’Air « l’importance des émissions agricoles caractérise le profil régional des émissions : la Bretagne contribue ainsi à :
- 19 % des émissions nationales d’ammoniac (NH3)
- 12% des émissions nationales de méthane (CH4)
- 7 % des émissions nationales de protoxyde d’azote (N2O) »

L’ammoniac se volatilise durant le stockage et d’épandage des déjections. Environ 60 % des émissions de redéposent dans un rayon de 100 km, et participent ainsi à l’acidification des sols et à l’eutrophisation des eaux douces et littorales. La plupart des retenues et plans d’eau de Bretagne sont aujourd’hui eutrophes, et ne parlons pas des fameuses marées vertes sur le littoral… (voir l’étude réalisée sur l’ammoniac par l’association).

Le protoxyde d’azote a un pouvoir de réchauffement 310 fois supérieur au CO2. Au niveau national, il contribue à environ 15% du pouvoir de réchauffement global des gaz à effet de serre. La concentration de la production porcine Bretonne s’est toujours affranchie de toute considération relative à la protection de l’air.

L’association avait demandé au tribunal d’annuler une extension de porcherie industrielle évidemment autorisée par le préfet du Finistère, pour 9512 places d'animaux, soit près du double d'animaux présents chaque année ! Eau & Rivières s’appuyait, pour demander cette annulation, sur l’insuffisance de l’étude d’impact quant aux rejets de l’élevage dans l’air, et sur l’erreur manifeste d’appréciation du préfet autorisant un projet incompatible avec la protection de l’air et de l’eau.

Le jugement procède, « sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête » à une critique sévère des insuffisances du dossier : « l’étude d’impact se borne à indiquer que l’azote contenu dans le lisier est extrait sous forme d’azote gazeux sans aucune précision sur la nature exacte des gaz dégagés à l’occasion de ces traitements et les paramètres devant être surveillés pour limiter les risques d’émission de gaz polluants, alors notamment que le compostage est susceptible de produire de l’ammoniac, gaz à courte durée de vie dont les retombées sèches ou humides participent à l’acidification des sols et à l’eutrophisation des eaux, et que le processus de nitrification-dénitrification mis en œuvre lors du filtrage des effluents peut être à l’origine d’une production de protoxyde d’azote, gaz à fort effet de serre et longue durée de vie ...»

En conséquence, l'autorisation d'exploiter cet élevage industriel, délivrée par le préfet du Finistère, est annulée par le juge administratif.

Tribunal administratif de Rennes, n° 07711, 17 décembre 2009, Eau & Rivières de Bretagne.

Télécharger le jugement du Tribunal administratif (pdf - 337 ko).

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