Présentation| Adhérez| Actu| Activités| Agenda| Sentinelles| Publi| Archives| Vidéo| Fiches AGIR|



Inscrivez vous à la newsletter


Actualités 2014

Actu semaine 45/2014

Faute de dialogue sincère


La mort de Rémi Fraisse est une tragédie. Cette mort tragique a profondément choqué tous les citoyens qui ne peuvent comprendre ni admettre que des semaines de lutte sur le terrain et des mois de contestation pacifique contre un projet « biaisé » et plus que discutable d’un énième barrage dans le Sud-ouest des maïsiculteurs conduisent à la mort d’un jeune naturaliste soucieux de la protection de l’environnement et de la biodiversité.

Ce drame heurte particulièrement tous ceux qui, de plus en plus nombreux, sont légitimement préoccupés par les impasses environnementales auxquelles conduisent nos modes de production et de consommation. On peut s’interroger devant l’importance des forces de l'ordre déployés à Sivens et les importants moyens utilisés alors qu'il n'y avait aucun bien à protéger  On peut d’autant plus s’interroger que quelques semaines auparavant, les bâtiments de la Mutualité Sociale Agricole et du centre des impôts de Morlaix ont été saccagés et incendiés par 200 agriculteurs de la FDSEA, sans que les forces de police pourtant présentes n’interviennent. Pourquoi ce « deux poids deux mesures » de la part de l'État ? De quelle stratégie relève ce choix d'intervenir ici et de laisser faire là ?

Les responsables acquis à la construction du barrage de Sivens légitiment leur prise de position en insistant sur le fait que ce projet a fait  l’objet d'une multitude d'avis, d'analyses, d'études et d'autorisations administratives. Démarches longues et coûteuses ayant conduit le préfet à donner son feu vert, et ce malgré l’avis défavorable motivé du Conseil National de la Protection de la Nature et d'autres organismes. Mais on sait, en Bretagne plus qu’ailleurs, l’absence de prise en compte effective d’avis défavorable lors des enquêtes publiques.
 
De leur côté, les deux experts désignés par la ministre de l'écologie relèvent que le projet est à la fois mal fondé, sans analyse de solutions alternatives, (basé sur des études d’impacts largement caduques et orientées surévaluant les besoins d'irrigation), extrêmement coûteux pour les finances publiques, et dommageable pour l'environnement !

Alors, pourquoi ces soi-disant analyses, avis, consultations ? Sinon, une fois de plus, pour faire croire qu’on a consulté le public et respecté les formes. Pourquoi le préfet a préféré prendre une décision qui satisfait les intérêts particuliers au mépris de l'intérêt général ? Personne ne peut sérieusement croire que pour assurer l'avenir économique -légitime- d'une quarantaine d'exploitations agricoles, la seule solution possible consiste à dépenser 8,5 millions d'euros en noyant une vallée !

Cette affaire de barrage « indispensable » n'est pas sans rappeler plusieurs précédents en Bretagne. Durant la grande sécheresse de 1976, les technocrates avaient estimé à 212.000 m3/j les besoins en eau du nord Ouest des Côtes d'Armor et poussé le conseil général à voter la construction d'un barrage sur le Trieux. Face aux réactions des associations et des riverains, une réévaluation des besoins menés sous l'autorité d'une commission élargie, avait réduit à 110.000 m3/j les estimations !

Ce projet, comme ceux envisagés sur l'Aulne et sur l'Ellé, ont été heureusement abandonnés, et personne ne s'en plaint ! Les experts étaient formels. Les experts, par définition, sont toujours formels. Si formels qu’il leur arrive de se tromper plus souvent qu’il n’est souhaitable !

Au delà de Sivens, ce qui frappe c'est la difficulté grandissante pour les responsables politiques et l'État à se placer au-dessus des intérêts catégoriels et des pressions économiques à court terme, pour arbitrer et faire prévaloir l’intérêt général. Il faut le rappeler sans cesse : ce n’est pas la superposition d’intérêts particuliers qui fait l'intérêt général. L’intérêt général se raisonne sur le moyen et long terme, au-delà des intérêts économiques immédiats !

  Réagissez à cette actu Page d’accueil

crédits - mentions légales - plan du site - contact