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Actu semaine 08/2011            
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Le comité scientifique rend les copies
Une copie acceptable, l'autre à refaire.

Le plan algues vertes décidé par l'Etat le 5 février 2010 arrive aujourd'hui à une nouvelle étape importante. Deux territoires prioritaires (sur les 8 retenus par le plan), la baie de St-Brieuc et le bassin versant Lieue de Grève, ont présenté à l'automne leurs projets « préventifs ». Ils ont été examinés par le Comité scientifique, mis en place par l'Etat en 2010 pour expertiser les questions techniques. Celui-ci a rendu sa copie et ses appréciations, le 7 février dernier. Un document de 23 pages très critique pour le projet de la baie de Saint Brieuc, plus positif pour celui de la baie de Lannion.

Risque d'insuffisance
C'est donc à une « très large majorité » nous dit-on, que « l'ambition globale » des actions a été jugée « insuffisante ». Pire, « les méthodes retenues dans ces deux projets ont déjà été utilisées pour plusieurs d'entre elles dans les programmes d'action précédents et se sont avérées insuffisamment efficaces ». Il rappelle donc en préambule, ce qu'il avait déjà eu l'occasion d'exprimer en juillet dernier «  en l'absence d'une forte réduction de la pression agricole, qui pourra nécessiter des changements structurels majeurs, ... » les masses d'eau ont peu de chance d'atteindre le bon état écologique et les marées vertes de décroitre.

Lieue de Grève, avis globalement positif
Il n'y aurait donc rien à tirer de bon de ce travail ? Pas tout à fait non plus. L'un des deux projets tire beaucoup mieux son épingle du jeu. La « réelle dynamique territoriale » portée par Lannion Trégor Agglomération (LTA) y est soulignée. Les budgets sont lisibles ,même si jugés trop élevés (4000 €/ha) ; et surtout, on y trouve trace d'actions « innovantes et volontaristes... avec un virage marqué vers plus d'herbe ». Aménagement parcellaire, production de fourrage, création d'une banque de fourrage... la patte du CEDAPA est visible sur un territoire agricole à dominante bovin lait.
Les points à renforcer occupent quand même les 2/3 de l'analyse. Les scientifiques insistent sur la nécessité de travailler à l'échelle de l'exploitation, sur le bilan global de l'azote (entrées et sorties ou bilan apparent), et de borner cette balance à 50 Kg N/ha/an. Mais surtout, ils jugent que des objectifs revus à la baisse par rapport aux propositions initiales de LTA sont du coup « clairement insuffisants » : moins 10% de charge annuelle en azote organique + minéral (soit moins 17 Kg/N/ha/an en 2015, contre moins 23 Kg initialement). Mais aussi 60 % du bassin-versant en herbe, contre 70 % proposés au départ. Dans ce paragraphe, le comité se plaint également de voir beaucoup d'intentions louables qui ne sont pas chiffrées et quantifiés.  C'est le cas des retournements de prairie, des parcelles « parking », de l'amélioration de la couverture des sols en hiver, notamment.
Côté budget, le comité propose de ne financer que ce qui bénéficie d'une « explication du mécanisme et/ou de l'effet attendu sur les objectifs », et propose de ne « pas financer ou ne financer que partiellement des actions qui n'appartiennent pas directement au plan de lutte contre les algues vertes ». Et de rappeler très clairement que la part d'azote issue des rejets domestiques « peut être évalué à 1,5 % des rejets (4,39 t N/an),... qu'en conséquence, il est difficilement soutenable » d'y dépenser près de 17% du budget. Enfin, ils s'interrogent sur la limitation à 20, du nombre d'exploitations pouvant se convertir à l'Agriculture Biologique, dans un secteur ou les débouchés existent ?

Baie de Saint-Brieuc, pas acceptable en l'état
A lire les experts, on n'est pas loin du zéro pointé: « diagnostic assez sommaire », « présentation du dossier trop générale », « cohérence peu apparente », « actions un peu éparses », « budget demandé semble excessif », demande de financement pour 28 méthaniseurs « infondée » et pour réduire les fuites d'origine domestique (28 % du budget) « disproportionnée », quand « à peine plus de 1 % des flux totaux arrivent en mer » !
Il apparaît ici qu'on est dans l'approximation la plus totale quant à la connaissance de la répartition spatiale des flux, des pressions et des bilans azotés, qui doivent être affinés au « minimum à l'échelle de la commune », et même « affiné par types d'exploitation » et par exploitation. Pour le comité, il est impératif que des « objectifs de réduction du flux sortant de 30 % soient convertis en objectif de réduction d'excédent au bilan (40 kg N/ha/an en moyenne)».
On s'approche même d'un travail de la cour des comptes quand on lit (p. 14) qu'« il n'y a pas de sens de dissocier l'évolution des systèmes et des pratiques de l'accompagnement individuel, si ce n'est d'augmenter le coût de ce type de mesure ». « Le Comité suggère de passer d'une obligation de moyens à une obligation de résultats : les organismes réalisant cet accompagnement pourraient être rétribués au prorata des progrès obtenus... ».
Les différentes actions présentées sont ensuite commentées : méthanisation, porcs sur litière, raclage sous caillebotis. Aucune ne trouvent grâce aux yeux des experts (le manque de détail sur ces deux derniers points constitue d'ailleurs la faiblesse du rapport), avant qu'ils ne renvoient aux autres pistes inexplorées ou « furtivement évoquées : décantation centrifuge..., traitement aérobie complet par boues activées... » et plus loin (p.18) « diminution de cheptel et conversion partielle ou totale du système de production ». Les gros mots sont lâchés !

Cet avis du comité scientifique conforte donc les associations dont ERB, qui lors de la réunion des commissions locales de l'eau concernées, avait validé le projet Lannionnais et s'était abstenue sur le projet pour la baie de Saint-Brieuc. Les financeurs, Conseil régional, État, Agence de l'eau, vont devoir maintenant prendre leur responsabilité. Soutenir le projet acceptable, celui de la baie de Lannion, et obtenir pour la baie de Saint-Brieuc, un retour à la case départ. Pour un vrai projet de lutte contre les algues vertes.

Relire sur le même sujet  l'actu Semaine 28 : Les scientifiques ne sont pas des gens raisonnables.

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