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Actu semaine 5/2011            
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Mediator, pesticides, algues vertes,
la régulation des intérêts économiques impossible ?


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Une agence du médicament «inexplicablement tolérante», un système de pharmaco-vigilance «incapable d'analyser les risques graves du mediator», des ministres incroyablement «lents à réagir», le récent rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) est cruel pour les pouvoirs publics. Qu'on ne s'y trompe pas, cette incroyable défaillance n'est pas un cas isolé. Les carences pointées du doigt par l'IGAS dans le domaine du médicament sont tout aussi réelles dans la gestion du risque pesticides ou dans la prévention des marées vertes.

Si comme l'écrit l'IGAS, en matière de médicaments «le doute bénéficie non aux patients et à la santé publique mais aux firmes de l'industrie pharmaceutique » en matière de pesticides le doute profite non aux consommateurs, et à l'environnement, mais aux firmes de l'industrie phytosanitaire. Ce sont d'ailleurs parfois les mêmes ... Ainsi, pour le Cruiser, cet insecticide fortement suspecté de porter atteinte aux colonies d'abeilles, une troisième autorisation « provisoire » (!) a été délivrée le 8 décembre dernier pour la commercialisation de ce pesticide alors même qu’il n’existe aucune analyse globale de la situation des colonies d’abeilles sur l’ensemble du territoire français D'ailleurs, ne doit-on pas s'étonner qu'en 2011 ce soit encore le ministre de l'agriculture qui délivre in fine l'autorisation de mise sur le marché des pesticides, et non, comme dans la plupart des autres pays d'Europe, les ministres en charge de la santé publique ou de l'environnement ?

Le même parallèle peut être fait en matière de prévention des marées vertes. Si 95 % des demandes de mise sur le marché de nouveaux médicaments sont aujourd'hui accordées, un même pourcentage d'autorisations est aujourd'hui attribué par les préfets de Bretagne en matière d'extension d'élevages, avec la bénédiction des commissions départementales pourtant chargées de veiller à la protection des ressources naturelles et à la sécurité sanitaire ! Tout comme « la sorte de droit qu'aurait l'industrie pharmaceutique à commercialiser ses produits quel que soit l'état du marché et quel que soit l'intérêt de santé publique des produits en question », la concentration des élevages industriels est devenue au fil des ans une sorte de dogme incontestable, quels que soit l'état de l'eau, et l'importance des conséquences sanitaires ou économiques des pollutions.

De ce tableau peu performant, ressortent trois constats :
- la grande faiblesse de l'Etat face aux pressions économiques et sa difficulté à réformer. Il n'est que de voir l'impressionnante liste des rapports officiels consacrés à la politique du médicament ou à celle de l'eau -dans lesquels tout a déjà été écrit sur tout – pour observer qu'en dehors des situations de crise, nous sommes collectivement incapables de réformer nos systèmes de gestion des risques ;
- la faillite des instances consultatives et commissions diverses, au sein desquelles la sur représentation des intérêts économiques anesthésie rapidement toute velléité d'application rigoureuse du principe de précaution. La «bureaucratie sanitaire, lourde, lente, peu réactive, figée» évoquée par l'IGAS a pris le pas sur le simple bon sens qui voudrait qu'on ne renouvelle pas l'autorisation d'un médicament dangereux, ou qu'on n’autorise pas des épandages supplémentaires à l'amont des baies envahies par les algues vertes ;
- la nécessité absolue, dans une société aussi complexe que la nôtre, et dans ce monde dominé comme jamais par la recherche du profit à court terme, de contre pouvoirs indépendants, medias, lanceurs d'alerte, ou d'organisations associatives, pour éclairer et informer l'opinion.

En 1977, à propos de la pollution et de la fermeture d'un puits, le médecin inspecteur de la DDASS des Côtes d'Armor écrivait au maire d’une commune rurale «Les impératifs agricoles du moment prévalant hélas sur la santé publique, il n'est guère possible de s'y opposer» ! Cet aveu, aussi naïf que terrifiant sur l'inversion des valeurs de notre société aveuglée par le «veau d’or» n'a hélas rien perdu de son acuité.
Seuls des citoyens mieux formés, plus conscients des enjeux de préservation de la santé, celle des hommes comme celle de la planète, seront capables de renverser cette échelle de valeurs, et comme les y invite si justement Stéphane HESSEL, «de s’indigner» et de construire un monde durable.


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