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Actu semaine 28/2010                 Réagissez à cette actu

Les scientifiques ne sont pas des gens raisonnables...
Surtout si vous les réunissez en nombre. 



Plage du Ris, Douarnenez juil 2010

Vous leur demandez gentiment un diagnostic dans l’attente de propositions de solutions techniques, c’est-à-dire plutôt indolores. Et ils vous proposent de changer le monde.

Voyez les rapports du GIEC… ou celui du Comité du plan algues vertes.

Ces scientifiques, dont nombre ne sont pas bretons et qui ont été sélectionnés par l’Etat lui-même, plutôt que de répondre directement et simplement aux questions qu’on leur pose à savoir : donner leur avis sur le cahier des charges relatifs aux projets susceptibles d’être financés dans le plan contre les algues vertes et le modus operandi des reliquats d’azote  font preuve d’une liberté d’esprit et de jugement qui incite à regarder avec la plus grande attention les résultats de leurs travaux.

Imaginez : ils commencent par déclarer qu’entre les fins (disparition des algues vertes en 2015) et les moyens (réduction de 30% des flux de nitrates atteignant les baies concernées), il y a une totale incohérence et que de ce fait, en l’état, le plan est voué à l’échec.

Pire, ils assènent (en gras de surcroît – comme si on risquait de ne pas remarquer leur iconoclastie) : « la résolution des algues vertes requiert une révision en profondeur des systèmes de production sur les bassins versant concernés » et « l’objectif de diminution des flux en sortie de bassin doit être converti en objectif de diminution des bilans d’azote entrées sortie dans le dit bassin ».

Traduit en langage profane et en action sur le terrain, cela signifie une véritable révolution non seulement dans les systèmes de production, mais également dans la gestion au quotidien des ICPE polyculture élevages.

Ainsi, le Comité fixe un certain nombre de règles tout à fait innovantes dans l’approche du problème:
- chaque bassin versant doit tendre vers une autonomie en azote. Pour se faire, on doit connaître impérativement les apports en azote organique, en azote minéral,mais également en aliment du bétail;
- chaque bassin versant doit avoir un bilan de l’azote (entrées-sorties) à l’échelle de son territoire;
- chaque bassin versant doit avoir une connaissance du stock de nitrates dans ses eaux souterraines et de leur temps de résilience;
- chaque bassin versant doit avoir une connaissance du stock de nitrates dans les sols et la dynamique de leur minéralisation.

Bref, procéder à un état des lieux où le principe de réalité fait place à la « virtualité administrative ». Le diagnostic devra être considéré comme l’étape précédant et permettant l’action et le remède. Et ce tout autant pour le bassin versant considéré que pour chaque exploitation, en tenant compte de l’environnement social et économique du territoire.

On pourrait penser qu’après ce préambule « décoiffant », le Comité scientifique arrondisse les angles, laisse un peu de « respiration » aux systèmes en place… C’est tout le contraire !

D’une part, il rappelle fortement que le plafond de 170 kg d’azote à l’hectare, l’alpha et l’omega des dossiers ICPE, « ne respecte pas le plus souvent l’équilibre de la fertilisation inclus dans la directive nitrates »

D’autre part, concernant les reliquats d’azote, nouvelle pierre angulaire du ministère de l’agriculture pour réguler la problématique nitrates, le Comité n’y va pas par quatre chemins:

1. La mesure des reliquats azotes ne constitue en rien une action contre les algues vertes;
2. C’est au mieux une méthode d’analyse;
3. Mais cette analyse sera trop coûteuse;
4. Elle sera d’une mise en œuvre délicate et d’une interprétation difficile;
5. Créer un réseau de fermes de références sur ce point est d’autant plus inutile que les connaissances en la matière sont affirmées;
6. La mesure des reliquats n’a d’intérêt en l’espèce qu’en tant qu’outil pédagogique ou de contrôle.

L’urgence est ailleurs : « dans le changement drastique de pratiques » et si l’on veut atteindre 10 mg/l de nitrates dans les eaux superficielles (condition nécessaire de la disparition des marées vertes) il faut:

- des objectifs de production végétale inférieurs à ceux atteints sans limitation d’intrants;
- une couverture systématique des sols en période hivernale;
- des documents incontestables relatifs aux achats d’engrais;
- des plans prévisionnels de fumure et des cahiers de fertilisation cohérents et archivés numériquement;
- un contrôle du foncier.

A ces deux volets : diagnostic et surveillance des apports d’azote, le Comité scientifique en ajoute un troisième tout aussi rigoureux.

Ainsi - puisque la finalité doit être l’autonomie en azote pour chaque exploitation -, il ne suffit pas d’un projet bio, par exemple, pour avoir l’aval du Comité, mais il faut démontrer en quoi le projet fut-il bio apporte des améliorations en regard de la situation présente.

D’autre part, si le traitement ou l’exportation des effluents est considéré comme un moyen de réduction des flux d’azote vers les baies, encore faudrait-il en calculer le coût économique et environnemental (gaz à effet de serre, bilan énergétique etc.)

Pis encore, les zones humides privilégiées dans le plan d’action du fait de leur capacité à la dénitrification ne doivent plus être considérées comme la panacée, et doivent être regardées seulement comme des zones tampons, car si leur action de dénitrification est indiscutable, elles produisent parfois du protoxyde d’azote, puissant gaz à effet de serre.

Au final, le Comité scientifique semble indiquer qu’un certain nombre de points techniques restent à analyser ou à préciser, mais ne nous trompons pas d’objectif : « la lutte contre les marées vertes ne se dispensera pas d’une réelle réflexion sur les mutations à engager sur les bassins versants concernés ».

Lire l’avis du conseil scientifique

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