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L'info de la semaine 44/2009                          Réagissez à cette info

Marées vertes : la lucidité incomplète du Préfet 22


Dans un rapport de 11 pages adressé aux ministères concernés début septembre, mais dévoilé dans la presse régionale, le Préfet des Côtes d’Armor dresse un constat lucide, mais hélas partiel, du problème des marées vertes.


Autant d'agriculteurs pour une autre agriculture

Un constat lucide
- sur l’origine : « dans le contexte breton, il s’avère que le facteur limitant est l’azote » ; cette confirmation intervient alors que plusieurs articles récents de la presse agricole (La France Agricole du 9 octobre, Porc Magazine d’octobre 2009) tentent de semer la confusion dans l’esprit des agriculteurs, en laissant croire que les marées vertes seraient mieux combattues en réduisant la pollution des eaux par le phosphore.

- sur les conséquences : pour le public qui « fuit les plages », pour l’image du département « dégradée », pour les activités économiques : « au fur et à mesure de l’aggravation de l’eutrophisation, les champs d’ulves se sont étendus jusqu’à 15 m de fond. Sur certaines zones, la pêche y est devenue impossible. Les algues peuvent également se plaquer sur les coquillages en zone conchylicole, ce qui réduit le renouvellement de l’eau et les apports de nourriture au cheptel, et augmente la quantité de travail ».

- sur les insuffisances actuelles de l’action réglementaire de l’Etat : En affirmant qu’il faut renforcer l’instruction des dossiers d’extensions d’élevages intensifs sur «le contenu des bilans agronomiques» et améliorer «le contrôle de l’équilibre de la fertilisation», le Préfet avoue implicitement le caractère totalement virtuel des plans d’épandage actuels. Ce que les associations dénoncent depuis des lustres !

- sur les défauts d’une politique agricole et environnementale trop centralisée : «Les cahiers des charges des mesures agri-environnementales, établis au niveau national, sont assez mal adaptés à la situation bretonne ».

- sur les dangers que ferait courir la suppression des « zones d’excédent structurel », projet ministériel en cours : «la disparition des ZES prévue à l’échéance mi-2010 risque de priver l’Etat de cet outil de régulation». Enfin un Préfet courageux pour dénoncer le risque d’affaiblissement de la politique de l’eau dans les zones saturées de lisier !

- sur l’ampleur des actions à mener : «la diminution visible et notable de ce phénomène ne pourra passer que par un changement profond des pratiques agricoles».

Mais un constat partiel
... qui oublie des éléments majeurs du contexte agri-environnemental :

- L’impact des politiques agricoles française et européenne sur le développement agricole breton est curieusement ignoré ! Qui a encouragé la concentration des cheptels dans notre région, qui a soutenu l’agriculture intensive et notamment la culture du maïs, qui a défavorisé pendant trop longtemps l’agriculture durable ou biologique sinon la PAC et le Ministère français de l’agriculture ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes : les aides aux mesures agri-environnementales représentent aujourd’hui en Bretagne moins de 3 % des subventions accordées chaque année aux exploitations bretonnes dans le cadre des « primes PAC » ! De tout cela, le Préfet ne dit mot, feignant d’ignorer que les orientations des exploitations bretonnes sont d’abord déterminées par ces politiques publiques.

Il est aujourd’hui indispensable de répartir de manière différente les aides publiques, afin de réorienter les systèmes de productions agricoles, avec le double objectif de reconquérir la qualité de l’eau et de préserver les emplois agricoles et ruraux. Rappelons à ce sujet que, si la Bretagne est la championne agricole nationale, le revenu agricole breton est en queue de peloton des régions françaises
avec 12.000 € par actif, et qu’entre 2002 et 2007, son solde net est négatif de 16.000 emplois. Des chiffres qui plaident à eux seuls pour redéfinir un nouveau projet pour l’agriculture bretonne !

- Le Grenelle de l’environnement : voilà un Préfet qui ignore que la loi dite Grenelle 1 votée par le Parlement, a fixé des objectifs d’évolution pour l’agriculture, qui ne sont pas sans lien avec la recherche d’une meilleure qualité des eaux : 20 % des surfaces consacrées à l’agriculture biologique, développement de la certification environnementale des exploitations agricoles (Haute Valeur Environnementale), autant de mesures à appliquer de façon volontariste en Bretagne pour lutter contre les marées vertes.

- Des exploitations agricoles respectueuses de l’eau : çà existe ! Il n’est pas possible d’évoquer les marées vertes et la qualité des eaux, sans dire que dans les Côtes d’Armor, comme dans le reste de la Bretagne, il existe des exploitations agricoles et viables économiquement, et performantes au plan environnemental : depuis 2007, plus d’un millier d’exploitations laitières se sont ainsi engagées à réorienter en profondeur leurs systèmes de production (développement des surfaces en herbe, réduction des engrais et pesticides, protection du bocage …). Elles ont été financièrement soutenues dans le cadre des mesures agri-environnementales.

Des solutions existent donc pour réduire les marées vertes, améliorer la qualité des eaux, préserver les équilibres sociaux et économiques des territoires ruraux.

Il aurait été utile que le Préfet des Côtes d’Armor le fasse savoir dans sa note transmise à Paris …

Lire le rapport "confidentiel" du Préfet des Côtes d'Armor (pdf - 950 Ko)

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