Présentation| Adhérez| Actu| Activités| Agenda| Sentinelles| Publi| Archives| Vidéo| Fiches AGIR|



Inscrivez vous à la newsletter


Actualités

L'info de la semaine 38/2006

VAGUE DE REGULARISATIONS EN PISCICULTURE

A l’instar de ce qui s’est produit récemment dans le monde du cochon, le petit monde de la pisciculture est aujourd’hui confronté à l’obligation de renouveler ses autorisations administratives d’exploiter. Et là encore, comme chez les éleveurs industriels de porcs, c’est à des régularisations masssives d'excédents illégaux de poissons que nous sommes confrontés.

1ère d’une longue série, l’enquête publique pour la régularisation de la pisciculture de Pont ar Zall, sur la rivière Élorn, vient de se terminer. Cette rivière est depuis de nombreuses années au cœur des préoccupations des militants d’Eau et Rivières, car au même titre que l’Aulne, le Trieux, la Vilaine, Le Scorff où l’Ellé, elle fait partie des cours d’eau stratégiques, sur lesquels l’action associative pèse depuis plus de 30 ans. C’est en effet près de la moitié de la population du département qui est approvisionnée en eau alimentaire en tout ou partie à partir de l’Elorn. Eau & Rivières de Bretagne a donc examiné de près le dossier présenté par SAS Truites du Ster Goz, en vue d’obtenir l’autorisation d’augmenter la production (de 250 à 400 tonnes annuelles). Verdict : AVIS DÉFAVORABLE ; jugez plutôt :

Des antécédents peu favorables
L’exploitant n’a pas tenu compte des prescriptions légales de son arrêté d’exploitation daté de 1991, lequel exigeait le triplement du bassin de décantation (effectué) et un rejet unique (non effectué). La violation répétée de cette prescription fait l’objet d’une mise en demeure préfectorale datée de 2001, qui n’a pas eu plus de résultats dans les faits. Au final, 50% des rejets passent directement à la rivière sans traitement ! Mieux, en 1997, une étude financée dans le cadre de Bretagne Eau Pure conclut à la nécessité d’installer un système de traitement rotatif pour les 50 % non traités, mais cette demande n’a donné lieu à aucune réalisation. Ce qui n’empêche pas le pétitionnaire de dire dans son dossier qu’une fois que l’autorisation de produire lui sera accordée, il mettra en œuvre un système de traitement sur la totalité de ses effluents, le tout sans calendrier ni plan de financement ! Quel crédit accordé à de tels engagements?

Adapter la règle ?
Non content de déplorer que la portion de rivière qui le concerne est classée 1A (à cet égard, nous n’avons pas pu nous empêcher de lui rappeler que c’est le choix du pétitionnaire de s’implanter à cet endroit, et que s’il se juge victime, il peut se retourner contre les pollueurs en amont), le pétitionnaire ne tient pas compte des objectifs du SDAGE. Mieux la plupart des chiffres du dossier sont issus d’un auto-contrôle, lequel présente des chiffres amont/aval dont les moyennes n’ont pas été réalisées sur la même période. Pas de comparaison possible, donc.
Dans ces dossiers pisciculture, le paramètre ammoniac doit retenir toute notre attention. En effet, l’ammoniac, issu des excréments de poisson en période de croissance, a des normes de rejet fixées à 1mg/l. (à plus de 100 m du rejet), alors même que les normes pour les prises d’eau potable sont dix fois plus exigeantes (0,1mg/l.). Cette pollution chronique a conduit la collectivité publique gestionnaire de l’une des prises d’eau de la rivière (Goasmoal) à s’équiper sur le dos des usagers d’un système coûteux de traitement de l’ammoniac, au mépris de principe pollueur-payeur. Dès lors, comment admettre que l’on projette d’augmenter la production, sans proposer de traiter l’ammoniac ?

Boues et épandages
Concernant l’épandage des boues, les militants qui ont étudié le dossier ont d’abord cru à une coquille. Paramètre Phosphore exportation des cultures 40 kg, apport annuel de la pisciculture 326 kg, soit un excédent de 286 Kg ! On croit rêver. Vive le déséquilibre de la fertilisation !

Les antibiotiques de pisciculture
La demande de régularisation à 400 tonnes annuelles, comparée aux 250 tonnes actuellement autorisées, induit automatiquement une consommation importante de médicaments, dont les rejets sont piégés dans les boues, et présentes dans l’eau, ce qui n’est pas acceptable en général d'un point de vue écologique, et tout spécialement en amont d’une prise d’eau potable.

Débit d’étiage
Les étiages sont des périodes critiques du point de vue hydraulique. Des prélèvements excessifs des eaux de l’Elorn en période d’étiage ont de graves conséquences sur le milieu aquatique et la qualité de l’eau (moindre dilution des pollutions, teneurs en ammoniaque, en phosphore, en matières organiques supérieures à la qualité nécessaire pour satisfaire aux usages à l’aval et assurer la protection des espèces piscicoles). Contrairement à ce que nous avons pu lire, et même si elle ne peut être considérée comme un barrage, la buse qui traverse la rivière pour alimenter le bassin de décantation est un obstacle à la remontée de saumon lors d’étiage sévère (2003). A l'heure de la restauration de l'hydromorphologie naturelle des cours d'eau pour atteindre le bon état écologique des eaux en 2015, un tel ouvrage doit disparaitre.

Alimentation et performance
Enfin, les militants d’Eau et Rivières n’ont toujours pas compris qu’un élevage de cette dimension, qui bénéficie de conditions optimales de production grâce notamment au soutien d’étiage du barrage du Drennec, présente dans son dossier des indices de transformation de 1,4. Ces indices devraient plutôt se situer autour de 1, ce qui nous fait penser qu’au vu des quantités d’aliments déclarés (560 tonnes/an), cette exploitation pourrait produire, sur la base des aliments déclarés, non pas 400, mais près de 560 tonnes/an ! Voilà bien de quoi douter de la crédibilité d’un tel dossier.

En conclusion
Eau et Rivières considère que ce dossier ne permet pas de garantir que la production envisagée respectera les objectifs de qualité fixés pour ce cours d'eau et les autres usages de l’eau de l’Elorn. L’association a donc demandé au commissaire-enquêteur de donner un avis défavorable à ce projet, considérant que 250 tonnes/an est le maximum de production que le site permet d'accueillir tout en respectant le principe de gestion équilibrée de l'eau et nos engagements européens.

Au-delà de ce premier dossier, force est de constater que ce n’est pas en présentant des dossiers aussi mal ficelés que la profession redorera son blason. Force est de constater également que, comme le porc, la truite d’élevage fait la course au volume, là où le salut passe sans doute au contraire par des critères de qualité. Car si les piscicultures ont toutes leur place dans les rivières de Bretagne, cette place n’est pas celle de la production de masse, mais celle de la qualité. Vendons la « truite de l’Élorn » au prix poulet de Loué, tout le monde en sortira gagnant !

Voir le courrier adressé au Syndicat de l'Elorn.
Voir l'info des autres semaines.


 FORUM DE DISCUSSION (réagissez à cet article, vous serez publié ci-après)

crédits - mentions légales - plan du site - contact