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COURANT D'ère

Par Hervé Hamon - Télégramme de Brest - 25 juillet 2010

Salades miraculeuses

C'était bon, c'était beau, de voir les ministres de l'Agriculture et de l'Écologie, lui en costume, elle en tailleur, arpenter le sable immaculé de la plage de Binic. Tombés du ciel, en quelque sorte, parmi les dames en bikini, les messieurs en short, et les enfants qui patouillaient gaiement.
On s'occupe de nous, là-haut, on calcule, on émet des graphiques, des courbes. Et surtout, on veille à ce que les côtes de France, comme la République elle-même, demeurent sans tache.
Quand je pense que, pendant ce temps-là, nombre de nos concitoyens s'adonnent au jokari, franchement, j'ai honte.

Ils venaient, nos ministres tombés du ciel, vérifier si la collecte de l'ulva lactua - autrement dit l'algue verte - est efficace et féconde. Ils sont partis pleinement rassurés. La production annuelle avoisine 70.000 tonnes, et rien ne nous dit que nous n'atteindrons pas, l'an prochain, des objectifs supérieurs.

Quant à l'usage que font les Bretons de cette manne marine, il ne cesse de se diversifier, d'ouvrir de nouvelles perspectives, donc de créer de nouveaux jobs. Les scientifiques ont travaillé d'arrache-pied pour conseiller aux décideurs locaux de ramasser et traiter l'algue verte au plus vite. D'où maintes embauches dont on soulignera qu'elles sont remarquables dans cette période de crise. D'où, également, une concurrence sans précédent entre divers prototypes de ramasseuses - là encore, que d'emplois induits !
Toutefois l'essentiel vient après. L'épandage de cette collecte, naturellement riche en azote, est un débouché tout trouvé, la boucle étant ainsi bouclée. Mais c'est surtout le compost qui est plein d'avenir (à 2.000 ou 3.000 euros la tonne). Transformée en farine, l'ulva lactua est un composant formidable de produits cosmétiques, chimiques, de carton, de plastique. Et encore de nourriture pour animaux, voire pour humains. À cela s'ajoutent la méthanisation et les recherches sur le bioéthanol.

Qui dit mieux ? Qui aura le coeur de contester cette effervescence auprès de laquelle les plans bidonnés de Staline, les prétendues révolutions industrielles de Mao, ne sont que légende et propagande ? En Bretagne, quand un problème surgit, on s'en empare, on se rue dessus, on ne le laisse pas pourrir. Et l'on transforme le lisier en pépites. D'ailleurs, toute confiance est accordée à nos préfets pour autoriser les extensions d'élevage qu'ils jugent opportunes. Je comprends la nostalgie de nos ministres tandis qu'ils s'élevaient vers le ciel. Ah ! songeaient-ils, retrouver le cloaque parisien quand la mer est si pure...

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